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Wayne’s (Haunting) World

Ce n’est ni du design, ni de l’artisanat. Mais comme c’est dimanche, je m’écarte un peu de mes thèmes habituels pour parler d’une exposition que j’ai vue cette semaine et que je retournerai voir tant elle m’a envoûté. Il s’agit de « Made in France, by Americans », à la Fondation Mona Bismarck, et c’est jusqu’au 21 avril prochain.

Elle présente le travail de huit sculpteurs-céramistes d’origine nord-américaine, pour la plupart installés en France depuis les années 80/90. Wayne Fischer est l’un d’eux, et c’est sans doute celui dont le travail m’a le plus fasciné.

© Wayne Fischer

Cet artiste de 56 ans, arrivé de Boston en 1986 et établi à Revest-les-Eaux (près de Toulon) depuis 1992, travaille exclusivement la porcelaine. Et de quelle manière ! Pour moi, la porcelaine peut prendre deux aspects : le biscuit, à la surface mate semblable au marbre, ou sa version émaillée, lisse et brillante. Les sculptures de Wayne Fischer se situent dans un entre-deux absolument saisissant : elles sont émaillées au pistolet, en plusieurs couches de teintes différentes, puis sablées et poncées après cuisson. A l’arrivée, elles possèdent une surface à la fois mate et nacrée, très finement craquelée. De loin, on dirait une peau ; de près, le relief d’une planète cultivée.

Cette façon de travailler la porcelaine est mise au service d’un registre de formes lui aussi inédit : les six pièces exposées, réalisées entre 1998 et 2003, présentent toutes des volumes cabossés, tout en ronflements et en replis, comme une musculature tétanisée. Leur blancheur, accentuée par les dégradés de couleurs tirant vers le gris et le violet, leur confère une inquiétante étrangeté qui produit un effet quasi-hypnotique. Le paradoxe est qu’elles paraissent à la fois mystérieuses et puissamment évocatrices, sans qu’il soit vraiment possible de dire à quoi elles nous font penser : un monstre marin vivant dans l’obscurité des abysses, un embryon difforme, un phénomène cosmique observé au télescope…

© Wayne Fischer

Si les photographies rendent mal la force et la présence de ces sculptures, la scénographie de l’exposition leur offre en revanche un écrin idéal. L’éclairage est directement orienté vers les pièces, ce qui accentue leur relief et plonge l’espace environnant (le faste ostentatoire de cet hôtel particulier) dans une semi-obscurité. Elles sont disposées le long d’un mur couvert de miroirs, leur reflet augmentant encore leur aspect fantomatique. Enfin, le visiteur est accompagné dans sa visite par une bande-son propice à la rêverie, qui réussit par ailleurs la prouesse de se marier aux univers des huit artistes, pourtant très différents.

Pour sûr la plus belle exposition que j’ai vue depuis très longtemps, au charme terriblement obsédant. Le fait que les salles étaient désertes lors de ma visite (en matinée et en semaine) n’y est sans doute pas pour rien…

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