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Design et Métiers d’Art : les noces de Nontron

« L’industrie n’est pas la seule à s’allier le design. Le monde de l’artisanat et des métiers d’art s’en empare aussi ». Voilà ce qu’on lit sur le site du Pôle Expérimental Métiers d’Art (PEMA) de Nontron et du Périgord Vert. Depuis 10 ans, cette structure invite des designers à participer à des résidences de recherche basées sur l’échange d’expérience et de savoir-faire avec des professionnels Métiers d’Art. Une initiative unique en France, qui pourrait bien constituer un modèle à suivre…

Matali Crasset, Godefroy de Virieu, Stefania di Petrillo, Jean Couvreur… Ces quatre designers n’ont pas seulement en commun d’être passés par l’ENSCI. Ils sont aussi passés par… Nontron.

Nontron ? Une commune de 3500 âmes, située à une cinquantaine de kilomètres de Périgueux et Angoulême, au cœur d’un territoire (le Périgord vert) riche en savoir-faire et en traditions artisanales : feuillardiers, couteliers, mais aussi céramistes, menuisiers, tisserands… Fort de ce patrimoine, la ville (labellisée Ville et Métiers d’Art) s’est naturellement dotée d’un Pôle Métiers d’Art… mais en prenant soin d’y accoler le mot « expérimental ».

Un qualificatif qui change pas mal de choses : comme ses (nombreux) équivalents nationaux, le pôle a pour mission de promouvoir et de développer le secteur Métiers d’Art sur son territoire, mais aussi de créer des échanges avec les professionnels d’autres secteurs, afin de créer une émulation et un enrichissement mutuel.

C’est dans ce cadre que le PEMA reçoit, tous les deux ans, un designer en résidence. Ce programme unique en France, qui s’inscrit dans le cadre plus large des Résidences de l’Art en Dordogne, est organisé et financé par l’Agence Culturelle Départementale Dordogne-Périgord (ACDDP) avec l’aide de la DRAC Aquitaine et de la mairie de Nontron.

Vue de l'exposition de fin de résidence de Matali Crasset à l’Espace Métiers d’Art de Nontron, 2001. Photo: Bernard Dupuy

La résidence prend d’abord la forme d’une rencontre : designer et artisans confrontent leur méthodologie et leur savoir-faire autour d’une thématique choisie par les différents acteurs associés au programme. « Pour Jean Couvreur, le designer actuellement en résidence, c’est l’éco-construction » commente Pauline Mingaud, responsable des publics au PEMA. « C’est un thème qui s’inscrit dans l’actualité, mais qui trouve aussi un écho dans la manière dont travaillent les professionnels du secteur, avec une production locale et une commercialisation via des circuits courts. Dans ce cas, la thématique est donc un moyen de valoriser cet aspect de leur travail, tout en l’abordant à une autre échelle puisque le projet s’oriente vers la recherche de solutions micro-architecturales ».

Les bénéfices de cette collaboration sont bien entendu partagés : les designers, sélectionnés sur dossier et entretien, s’initient à une approche de la matière et du geste bien différente de celle qu’ils adoptent dans le monde industriel. En retour, ils permettent aux professionnels Métiers d’Art de mieux prendre en compte les relations entre l’usage, la forme et l’esthétique d’un objet, et à replacer l’objet dans son contexte économique et social.

Chaque résidence dure 3 mois, répartis sur une année, et s’articule autour d’un schéma aujourd’hui bien rôdé. Dans un premier temps, l’Espace Métiers d’Art de Nontron organise une exposition qui présente le parcours du designer et l’ensemble de ses réalisations. Celui-ci découvre le territoire et rencontre les artisans qui vont collaborer au projet : habituellement un groupe d’une dizaine de professionnels, constitué sur la base du volontariat et des disponibilités de chacun.

Commence alors le travail de recherche à proprement parler : « Le degré de collaboration dans la conception du projet diffère d’un designer à l’autre… et aussi d’un artisan à l’autre » précise Pauline Mingaud. « C’est avant tout une question d’alchimie entre les personnes. Parfois, le designer apporte l’idée, et les artisans se chargent de la fabrication. Dans d’autres cas, les deux réfléchissent ensemble à la définition du concept.  Mais globalement, la démarche adoptée est très collaborative ». La résidence se conclue par une création commune, qui donne lieu à une nouvelle exposition.

Chaise : Patrice Cibert (ébéniste), Théa de Lange (créatrice feutre et textile), Matali Crasset (designer). Bureau: Patrice Cibert, Philippe Villepontoux (créateur bois), Matali Crasset. Photo: Bernard Dupuy

Tandis que s’amorce la quatrième résidence, quel bilan le PEMA tire-t-il de cette initiative ? « C’est difficile à mesurer » confie Pauline Mingaud, « car l’expérience est encore récente. La majorité des professionnels Métiers d’Art juge l’expérience très positive, mais ses retombées varient de l’un à l’autre. Certains reviennent à ce qu’ils faisaient avant, d’autres ont envie de porter un regard neuf sur leurs créations, en faisant évoluer leur production ou en explorant d’autres applications ».

Pour l’heure, le PEMA s’emploie à résoudre un problème plutôt épineux : celui de l’attribution des pièces réalisées. Les professionnels Métiers d’Art ayant participé à leur conception ont bien sûr la liberté de les reproduire, mais la question de la propriété intellectuelle (qui n’a pas été définie dès le départ) s’avère aujourd’hui être un frein à la visibilité des projets, et à leur diffusion. « C’est vraiment un point que l’on aimerait clarifier », commente Pauline Mingaud, « notamment pour pouvoir approcher des éditeurs. »

En février dernier, les responsables du pôle ont rencontré deux représentants du VIA. Ceux-ci devraient les aider à trouver une solution et à donner un nouveau souffle au programme. L’une des pistes évoquées serait de rassembler les différents acteurs du projet au sein d’un collectif, afin de valoriser et de diffuser les objets réalisés dans le cadre de chaque résidence.

Plutôt qu’un obstacle, cette nouvelle étape représente donc une vraie opportunité de développement, capable de donner au programme une nouvelle dimension et, espérons-le, de créer des émules dans d’autres régions. Le PEMA peut en tout cas se féliciter du travail accompli jusqu’à ce jour pour tisser des liens entre deux mondes, le design et les Métiers d’Art, qui auraient sans aucun doute beaucoup à partager mais qui collaborent encore trop rarement. Forza PEMA !

Aire de consultation : Patrice Cibert, Atelier Virginie Ecorce et Cyril Delage (création en châtaignier), Matali Crasset. Fauteuil : Patrice Cibert, Sylvie Weber (licière), Matali Crasset. Photo: Bernard Dupuy

Les visuels qui illustrent ce post montrent les pièces réalisées dans le cadre de la résidence de Matali Crasset (2000-2001). En collaboration avec cinq professionnels métiers d’art, la designer a conçu une ligne de mobilier pour l’Espace Métiers d’Art de Nontron. Baptisé Pôl’arisation, ce projet a consisté à décliner toute une gamme de meubles (bureau, chaise, fauteuil…) à partir d’un même module en bois, de facture industrielle. Les professionnels Métiers d’Art ont ensuite enrichi ces pièces de leurs savoir-faire traditionnels : assise en feutre, dossier en tapisserie, sculpture en bois, etc.

Je présenterai dans un prochain post les projets issus des deux autres résidences, en essayant de recueillir les impressions de quelques participants. Mais pour ceux qui ne veulent pas attendre, voici les liens : projets de résidence de Godefroy de Virieu (2004) et de Stefania di Petrillo (2006-2007).

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