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Essence vénitienne

Collection Essence par Luca Nichetto pour Bosa, 2009

C’est un projet dont on a déjà beaucoup parlé. Et pour cause : des protagonistes prestigieux, à l’affiche d’une success story à l’italienne, sous fond de road movie européen ! Une bien belle histoire… et une communication bien orchestrée.

Il était donc une fois… un jeune designer industriel que beaucoup présentaient comme « l’étoile montante du design italien » : Luca Nichetto, un vénitien de 33 ans, à la tête de sa propre agence depuis 2006. A son actif : la confiance de quelques éditeurs de premier plan (Moroso, Foscarini, le suédois Offecct, l’anglais Established & Sons…) et des distinctions plutôt flatteuses (dont un Good Design Award en 2008 pour le système de chaises de bureau Elle).

Depuis quelques années, Nichetto collabore avec Bosa, une référence dans le monde transalpin de la céramique « fait main ». Son nom est venu s’ajouter à la liste prestigieuse des designers passés par la manufacture du village vénitien de Borso del Grappa : de Marco Zanuso Jr. au début des années 90, à Jaime Hayon ou Sam Baron plus récemment.

Essence Uno, de Luca Nichetto, 2009. Vase en céramique et verre de Murano, 25 x 25 x 39 cm. Edition limitée à 29 exemplaires.

Durant l’été 2008, Bosa demande à Nichetto de concevoir une nouvelle collection. Au même moment, le designer est approché par la toute aussi prestigieuse maison Venini… Celui-ci a alors l’idée de faire collaborer (pour la première fois) les deux fabricants au sein d’un même projet, qui rendrait hommage à leurs savoir-faire respectifs.

Ces savoir-faire, Nichetto les connaît bien… Le communiqué de presse assure qu’il en a « hérité lorsqu’il était encore enfant » : né en 1976 sur l’île de Murano, le designer est toujours resté fidèle à ses racines vénitiennes, effectuant ses études à l’IUAV de Venise, réalisant sa première commande pour Salviati (une autre institution du verre de Murano) et ouvrant son studio à Porto Marghera, la zone industrielle de la Sérénissime.

Puisant dans cet héritage, il conçoit donc « Essence » : une collection de huit objets, chacun inspiré d’un outil employé dans le travail du verre et de la céramique. Ces outils que « le non-initié ne voit jamais », Nichetto a voulu les sortir de l’ombre, en les détournant au passage de leur fonction initiale : Essence Uno fait référence au moule en bois dans lequel on souffle le verre, transformé ici en vase en céramique. Idem pour Quattro, où le moule qui sert à la fabrication de la céramique devient à son tour une pièce en céramique… à l’intérieur de laquelle est encastré un vase en verre soufflé. Le designer s’intéresse aussi aux processus de fabrication : le centre de table Cinque est une évocation du processus de coulage, le cendrier (transformable en bougeoir) Tre emprunte sa forme au procédé d’extrusion…

Cet hommage insolite aux savoir-faire traditionnels se trouve rapidement investi d’une mission : aller défendre à l’étranger les couleurs du « Made in Italy ». C’est ainsi que Bosa imagine « une présentation itinérante », qui permettra à la collection de voyager dans les principaux lieux et évènements européens du design : après le Laboratorio 2729 de Venise au mois de décembre dernier, les premiers prototypes font escale au salon Maison & Objet de Paris en janvier, puis à l’espace-boutique du 107 Rivoli. Actuellement présentée au Salon du meuble de Milan, Essence s’envolera à la fin du mois pour la Vessel Gallery de Londres…

Essence Due, de Luca Nichetto, 2009. Bol en céramique et verre de Murano, 40 x 11 cm. Edition limitée à 29 exemplaires

Voilà pour l’histoire de ce projet… version longue. Un bel exemple de storytelling à l’italienne, habilement traduit dans un communiqué de presse repris par de nombreux magazines internationaux… parfois sans la moindre modification, et sans le moindre commentaire sur les pièces elles-mêmes ! Manque d’espace sans doute, contraintes de calibrage… l’histoire prend toute la place et préempte le discours.

Alors au diable les détails… comme le fait que Venini n’est finalement intervenu que sur trois pièces, lesquelles ont été produites en série limitée de 29 exemplaires. Reste que la collection est plutôt réussie : les références paraissent parfois un peu obscures, mais Nichetto est parvenu à donner une forte cohérence visuelle à une série d’objets hétéroclites (que ce soit par leur taille ou leur fonction), via un registre de formes fluides et élégantes, et de joyeuses associations de couleurs. Etrangement, ces pièces dégagent une telle perfection qu’elles semblent avoir été produites de  manière industrielle.

Bref un projet précieux, mais sans maniérisme… Surtout, un bel exemple de collaboration entre design et métiers d’art, soutenu par un dispositif de communication et de distribution d’une redoutable efficacité.

Essence Tre, de Luca Nichetto, 2009. Cendrier / bougeoir en céramique et verre de Murano, 18 x 11,5 x 16,50 cm. Edition limitée à 29 exemplaires

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