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Bodging Milano : volée de bois vert à Milan

Quand 10 designers britanniques partent s’initier aux techniques des chaisiers traditionnels dans une forêt du Herefordshire, ça donne… 10 chaises et une exposition pendant le salon du meuble de Milan. Surtout, une expérimentation qui conjugue plusieurs notions très en vogue : auto-production, éco-conception et bien sûr transversalité design-artisanat.

Vue de l'exposition Bodging Milano, Designersblock, Spazio Revel, Milan (14-19 avril 2010). © Puff and Flock

L’histoire du projet Bodging Milano, c’est d’abord celle d’une réaction en chaîne. Il y a un peu plus d’un an, la société Sitting Firm -un petit fabricant de meubles de Coventry- demande à l’artiste et designer anglais Chris Eckersley de concevoir une chaise qui soit à la fois « résolument contemporaine » et qui « s’inscrive dans l’héritage du mouvement Arts & Crafts ». Cette collaboration donnera naissance au modèle Arden, une version épurée de la traditionnelle chaise Windsor.

Suite à cette expérience, Chris Eckersley continue de se documenter sur les techniques des chaisiers traditionnels anglais. En surfant sur Internet, il découvre les stages de menuiserie au grand air organisés par Gudrun Leitz dans la forêt de Clissett, dans le Herefordshire. Depuis 1995, cette femme d’une cinquantaine d’années tente de faire revivre la tradition des bodgers, ces tourneurs sur bois connus dès le Moyen-Age, qui se rendaient en forêt pour fabriquer des pieds de chaises à partir d’arbres fraîchement abattus. Le designer s’inscrit au stage et, dès son retour, envoie quelques photos à Rory Dodd, le directeur de Designersblock (une structure londonienne qui organise des expositions collectives lors des principaux festivals, salons et événements internationaux dédiés au design). Celui-ci lui propose de reconduire l’expérience avec d’autres designers, et de présenter le résultat lors de la Design Week milanaise.

Et en voiture Simone ! Chris constitue sans mal un groupe de 8 autres designers, jeunes et moins jeunes, tentés par l’expérience : Amos Marchant, Carl Clerkin, Dave Green, Gareth Neal, Gitta Gschwendtner, Suzanne Barnes, William Warren et Matthew Hilton. Rory Dodd lui-même se joint au groupe. Du 30 mars au 5 avril, ils quittent leur studio et leur écran d’ordinateurs pour l’atelier forestier plutôt spartiate de Gudrun Leitz : une dizaine d’établis, autant de tours à perche, et un four à vapeur. Le tout fonctionnant bien sûr à l’huile de coude… Mise à part la bâche plastique qui protège l’espace des intempéries, l’environnement doit ressembler assez fortement à celui des artisans des siècles passés.

De haut en bas et de gauche à droite: banc étau, tour à perche, four à vapeur, moule à cintrer. © Designersblock

Les apprentis bodgers commencent par se familiariser avec les différentes vertus du bois vert, un matériau traditionnellement associé à la fabrication des chaises Windsor. Grâce à sa grande souplesse, il se découpe facilement, avant d’être tourné pour confectionner les pieds, les traverses et les barreaux fuselés du dossier. Très élastique, il peut également être courbé (en le chauffant à la vapeur dans une étuve, puis en le cintrant dans un moule) pour former le dossier des sièges. Enfin, le rétrécissement du bois lors du séchage est mis à profit comme principe d’assemblage, la mortaise (en bois vert) se contractant autour du tenon (plus sec), qu’elle maintient fermement serré.

Six jours pour appréhender les potentialités du matériau et de chaque technique, concevoir un modèle de chaise qui en tire le meilleur parti et surtout lui donner forme sans aucune aide extérieure (humaine ou mécanique), c’est peu ! D’où, sans doute, une production assez attendue : la plupart des prototypes se résument à une réinterprétation plutôt timide de la chaise Windsor, comme si les designers avaient eu du mal à s’affranchir du répertoire de formes associé aux techniques mises à leur disposition.

Deux modèles émergent cependant : d’abord celui de Gitta Gschwendtner, qui semble justement avoir pris ses distances par rapport à ce référent un peu encombrant. Son banc possède des lignes simples et maîtrisées, ignore les ressources décoratives du tournage sur bois, et paraît avoir été pensé dans une perspective de production industrielle. Le second est celui de Suzanne Barnes… dans un registre très différent : le dossier et l’assise de sa chaise semblent  grossièrement taillés et possèdent, malgré une allure générale plutôt basique, un aspect imparfait et asymétrique. Comme si la designer avait voulu mettre à profit son manque de maîtrise technique pour inventer un vocabulaire formel un peu primitif, façon « bienvenue chez la famille Pierrafeu ».

Banc, Gitta Gschwendtner. © Ed Reeve

Chaise, Suzanne Barnes. © Ed Reeve

Ce projet au potentiel très médiatique (10 designers partis en pleine forêt pour fabriquer une chaise avec leurs petites mains, ça a quand même un petit côté Koh-Lanta du design) a donc été présenté il y a quelques semaines à l’espace Revel de Milan, pendant le Salon du Meuble. Pour ceux qui n’ont pas pu le voir, une séance de rattrapage aura lieu mercredi prochain (5 mai) au siège de Designersblock à Londres. Les organisateurs réfléchissent en outre à une possible suite, qui donnerait lieu à un nouvel événement lors du London Design Festival en septembre prochain. A suivre donc.

Quoi qu’il en soit, cette expérimentation aura permis à des designers industriels d’initier une démarche d’auto-production à partir de matériaux locaux, et de redécouvrir un savoir-faire traditionnel plutôt compatible avec une démarche de développement durable (au moins en ce qui concerne la consommation d’énergie liée à la fabrication des pièces). A cet égard, il sera intéressant de mesurer ses retombées à moyen ou long terme sur leur pratique de conception.

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