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Fugit irreparabile tempus

Le week-end dernier, le bureau londonien de la maison de vente Phillips de Pury (hébergé par la Saatchi Gallery) organisait une exposition dédiée à l’influence de l’artisanat dans la pratique de designers contemporains. Cet événement s’inscrivait dans le cadre de Collect, un salon dédié à la création artisanale contemporaine, dont je parlerai dans un prochain post.

Clock Clock, de Humans Since 1982, 2009

Bien que le lien avec l’artisanat ne m’ait pas forcément sauté aux yeux, je suis resté de longues minutes devant la Clock Clock de Humans since 1982. Derrière ce nom plutôt déroutant (beaucoup moins lorsqu’on sait que 1982 correspond à leur année de naissance) se cache en fait un duo de designers : l’allemand Bastian Bischoff et le suédois Per Emanuelsson, qui se sont rencontrés en 2007 à la School for Design & Craft de Gothenburg (Suède).

Comme son nom l’indique, Clock Clock est une horloge, de taille assez imposante (120 x 45 cm) et composée de 24 horloges analogiques (8 en longueur et 3 en hauteur). Chaque minute, les 48 aiguilles se lancent dans une valse frénétique et non synchronisée. Lorsqu’elles s’immobilisent, leur alignement permet de lire l’heure sous forme numérique (c’est-à-dire avec des chiffres).

Comme vous n’avez probablement rien compris à mes explications, voici une petite vidéo qui illustrera le principe de manière beaucoup plus claire que mon cerveau confus.

Futé hein ? Pour aussi simple que ça paraisse, il a quand même fallu un an aux designers pour mettre au point ce passage d’un langage analogique à un langage numérique. Le résultat est assez fascinant… à condition d’utiliser Clock Clock comme objet de contemplation et de méditation sur le temps qui passe. Personnellement, j’éviterai de l’installer dans mon bureau. Aux heures de pointe, pas sûr que mes nerfs tiennent longtemps le coup face à ce mouvement infernal…

Cela ne semble toutefois pas avoir dissuadé certains acquéreurs. Samedi après-midi, deux petites pastilles rouges figuraient déjà à côté du cartel, juste à côté de la mention « Edition of 5 + 2 AP + 1 prototype. £ 5,500 ».

Cette charmante installation fait bien sûr penser au dernier tour de force de Marteen Baas, qui a réussi à mettre tout Milan en émoi lors du dernier salon du meuble, avec un projet (repackagé) qui avait été présenté un an plus tôt à la même occasion. Je veux bien sûr parler de son application Analog Digital Clock, la version iPhone de l’une des trois horloges-vidéos rassemblées en 2009 sous l’intitulé Real Time. Le plus célèbre des pyromanes hollandais (voir sa série Smoke) avait filmé pendant 12 heures plusieurs comédiens en train d’indiquer l’heure au moyen d’actions sans rapport apparent avec le mouvement d’une horloge : poussant un tas de détritus au sol avec un balai (Sweepers Clock, les deux tas de détritus avaient chacun la forme d’une aiguille) ou peignant sur une plaque de verre (Grandfather Clock et Analog Digital Clock).

C’est cette dernière vidéo que le designer a choisi de décliner en application iPhone. Concrètement, pour la modique somme de 0,79 euros, vous pouvez télécharger une horloge en tous points semblable aux vieux radio-réveils des familles (chiffres rouge vif sur fond noir) à l’intérieur de laquelle un esclave de l’ère numérique, qui semble enfermé derrière votre écran, se charge de peintre en noir les petits segments de chaque chiffre (ou d’enlever la peinture afin de révéler le rouge initial) pour indiquer le défilement des minutes et des heures.

Pour ceux qui commencent à douter sérieusement de ma capacité à formuler une idée simple de manière claire et compréhensible, voici le lien vers un extrait de la vidéo.

Et ici, le rendu de l’Analog Digital Clock en appli iPhone, disponible sur iTunes. A noter la petite mention désopilante dans le descriptif : « It’s a 12-hour clock – it would be cruel to force the actor to do 24 hours ! ». Ben oui, parce que forcer quelqu’un à peindre pendant 12 heures consécutives, c’est pas cruel du tout. Humour, quand tu nous tiens…

Application Analog Digital Clock pour iPhone, Maarten Baas, 2010

Pour parler du temps qui passe, d’autres designers ont choisi de s’intéresser à cet objet de l’ère jurassique : le calendrier mural. C’est le cas notamment d’Oscar Diaz, avec son très beau Ink Calendar.

Diplômé des Beaux-Arts de Bordeaux en design industriel et du Royal College of Art en design produit, ce jeune espagnol (établi à Londres) s’est fait remarquer lors de la dernière édition de la Design Parade (Villa Noailles, Hyères) avec un astucieux système d’éclairage mobile baptisé Fast Track.

Son Ink Calendar a vu le jour dans le cadre l’exposition Gradual, organisée lors du London Design Festival 2007. Son principe est simple, même si l’on imagine facilement les maux de tête qu’a occasionné sa mise au point : les dates de chaque mois sont imprimées en relief sur une grande feuille de papier, reliées entre elles par un long ruban continu. Chaque début de mois, une bouteille d’encre est placée à l’extrémité du ruban. L’encre se répand petit à petit le long de ce fil conducteur, imbibant toutes les 24 heures le numéro correspondant à la date du jour. Le calendrier s’actualise donc de manière autonome, rendant perceptible le passage du temps.

La couleur de l’encre change chaque mois, en fonction de la couleur dominante de la lumière naturelle aux différents moments de l’année : bleu sombre en décembre, orange et rouge en été, etc.

Ink Calendar, d'Oscar Diaz, 2007

Dernier objet de cette petite sélection consacrée au temps qui passe (voix chevrotante), le Gregor Calendar du designer allemand d’origine coréenne Patrick Frey, qui dirige sa propre agence à Hanovre depuis 2007.

Gregor est un calendrier mural en laine que l’on détricote maille par maille pour effacer la trace des jours passés. Une espèce de transcription matérielle de l’expression « le temps qui file » donc. L’année écoulée prend la forme un peu triste d’une pelote déroulée qui traîne au sol.

Gregor Calendar, de Patrick Frey, 2010

Certains y verront une illustration du caractère dérisoire de nos existences, successions de micro-événements indéchiffrables aussitôt recouverts de poussière… D’autres tenteront un parallèle avec les Parques (aussi appelées les Tristes Filandières), ces trois divinités romaines  qui tirent le fil de la vie des humains et le coupent lorsque le Destin décide d’y mettre un terme.

La société allemande Details Produkte + Ideen est en train de développer le projet qui devrait être disponible l’année prochaine. Sauf s’ils prévoient une version multilingue, ça laisse quelques mois pour se mettre à l’Allemand… Auf Wiedersehen !

Gregor Calendar (détail), de Patrick Frey, 2010

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