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Quand Vallauris s’ouvrait au design

Roulez tambours, sonnez trompettes : la Biennale de Vallauris, qui fête cette année son quarantième anniversaire, vient d’ouvrir ses portes. Rebaptisée pour l’occasion « Biennale Internationale de Vallauris – Création contemporaine et céramique » (vous pouvez respirer), la manifestation entend plus que jamais « inscrire la création céramique dans le monde de l’art contemporain ». Au programme, une dizaine d’expositions monographiques ou thématiques (et autant de conférences) permettant de découvrir un large panel d’artistes et de designers contemporains travaillant avec ce médium.

En guise d’Happy birthday, et en attendant de découvrir ce nouveau cru prometteur, petit retour sur une expérience originale, hélas terminée, mais dont il faut sans doute voir la trace dans les collaborations qui continuent de se tisser entre designers et artisans potiers vallauriens.

En 1998, la délégation aux arts plastiques du ministère de la Culture et la Ville de Vallauris lancent l’opération Des designers à Vallauris. A cette date, la Biennale n’est encore qu’un concours (il faudra attendre 2006 pour qu’un nouveau commissaire, Yves Peltier, y ajoute des expositions temporaires) et l’âge d’or de la « ville aux cent potiers », associée à la figure de Picasso, n’est déjà plus qu’un souvenir.

Pourtant, Vallauris compte encore des artisans de talent, qui perpétuent la technique traditionnelle du tournage… L’idée de ce nouveau programme est résumée dans son titre : créer des rencontres entre designers et potiers locaux, les faire travailler ensemble autour de recherches qui devront aboutir à la production de petites séries destinées à être commercialisées. Les objectifs sont eux aussi évidents : d’un côté, il s’agit de sensibiliser les designers aux potentialités de la céramique ; de l’autre, de dynamiser la production locale en confrontant les potiers à d’autres approches de leur médium.

Chaque année jusqu’en 2002, deux designers vont donc venir plancher sur le thème de la céramique utilitaire, la seule contrainte imposée par le programme. Olivier Gagnère et Martin Szekely ouvrent le bal en 1998, avec (respectivement) les ateliers Gerbino et Mathieu. Frédéric Ruyant et Patrick Jouin le concluent cinq ans plus tard. Les visiteurs de l’exposition que le Centre Pompidou vient de consacrer à ce dernier designer ont pu découvrir (ou redécouvrir) quelques pièces nées de ces collaborations : trois plats en terre cuite, conçus par Patrick Jouin et réalisés par le potier Gérard Crociani.

Plats Chaud-chaud et Froid-froid, Patrick Jouin / Gérard Crociani, 2002

Chacun de ces plats se compose de deux parties. Sur le principe du plat à tajine, Chaud-chaud sert autant à la cuisson qu’à la dégustation : au moment de passer à table, le couvercle passe sous l’assiette, et lui sert de support. Le saladier Froid-froid est lui aussi doté d’un couvercle, mais percé d’un trou pour remuer la salade sans risquer d’en mettre partout. Enfin, Chaud-froid associe deux contenants concentriques : le plus grand, qui reçoit le froid, est pourvu d’un cratère central qui accueille le plus petit, destiné au chaud.

Lorsqu’il arrive à Vallauris, Patrick Jouin collabore déjà avec le chef Alain Ducasse. Il est donc sensibilisé aux problématiques de la restauration et les intègre à ses recherches. Les trois plats qu’il imagine devront être suffisamment résistants pour une utilisation dans un cadre professionnel (utilisation intensive, lavage en machine, cuisson à hautes températures), intégrer les contraintes d’une production en petite série et refléter les valeurs associées à la cuisine : partage, générosité, convivialité. Comme à son habitude, le designer privilégie des formes simples et organiques. La couleur de chaque pièce identifie sa fonction et le type de contenu qu’elle peut accueillir.

Pour passer de l’idée à la matière, Gérard Crociani n’aura besoin d’aucun dessin technique. Quelques croquis, un échange direct avec le designer et sa connaissance parfaite du matériau lui permettront de donner vie à ces objets qui, malgré leur apparente simplicité, représentent un véritable tour de force technique (notamment pour faire s’emboîter les plats).

Plat chaud-froid, Patrick Jouin / Gérard Crociani, 2002

Si le programme « Designers à Vallauris » s’est achevé avec cette belle rencontre, les designers n’ont pas pour autant déserté les ateliers vallauriens. Le visiteur de la Biennale pourra notamment s’en convaincre en découvrant L’âge du monde, une collection de contenants conçus par Mathieu Lehanneur et réalisés en 2009 à Vallauris par Claude Aïello. Ce projet vient d’être distingué par le Prix de la ville de Vallauris, Section design.

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