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Joe Hogan : sculpteur d’osier

From the Bog, Décembre 2006, 57 x 55 x 60cm

J’ai découvert le travail de Joe Hogan lors de la dernière édition de Collect, le salon londonien consacré à l’artisanat d’art contemporain. La National Craft Gallery irlandaise exposait quelques-uns de ses “paniers non fonctionnels”, de véritables sculptures à base de vannerie et de matériaux naturels à l’état brut.

Joe Hogan est en fait reconnu comme l’un des maîtres de la vannerie contemporaine. Si le mot “passion” est systématiquement associé à la pratique d’un artisanat d’art, il prend dans son cas une tout autre dimension. Récompensé par de nombreux prix, exposé partout en Europe et jusqu’aux Etats-Unis, cet Irlandais a déjà consacré plus de 30 années de sa vie à son art, avec un engagement et une curiosité qui forcent le respect.

Depuis le début des années 2000, il développe -en parallèle de sa production de paniers traditionnels- un travail d’expérimentation profondément sculptural. Brindilles de bouleau, myrte, bois de tourbière, écorce d’arbre… les matériaux les plus surprenants sont mis à contribution pour renouveler le vocabulaire plastique d’un artisanat vieux comme le monde. Les pièces nées de ces recherches possèdent une présence incroyable, aux limites du sacré, qui nous pousse à nous questionner sur notre rapport à la nature et à ses mystères.

Depuis sa ferme de Loch na Fooey, dans le Connemara, Joe Hogan a très gentiment accepté de répondre à quelques questions.

Sources n°2 – 104 x 48 x 64cm

Qu’est-ce qui vous a conduit à la vannerie ?

Ce qui m’intéressait, c’était de pouvoir combiner la vannerie et l’agriculture. Ma femme et moi voulions vivre à la campagne, proche de la nature. Donc je me suis tourné vers la vannerie parce que cela me permettait de cultiver moi-même la matière première dont j’avais besoin.

Justement, vous cultivez vous-même l’osier qui sert à fabriquer vos paniers. Est-ce que cela vous donne une meilleure compréhension du matériau ? Pourquoi est-il important pour vous de contrôler l’ensemble du processus de fabrication ?

Cultiver l’osier d’année en année vous donne une compréhension beaucoup plus fine du « comportement » des brins d’osier et vous permet de savoir quelle variété correspond le mieux à quel type de travail. Il n’est pas essentiel de contrôler tout le processus, mais comme je vis à la campagne, c’est quelque chose que je puis faire facilement. Ça ajoute de la variété à mon travail et me permet de développer mes compétences… donc pourquoi pas ?

Quand avez-vous commencé à concevoir des objets non-utilitaires ? Quelle était votre principale motivation?

Vers l’an 2000, j’ai senti le besoin de renouveler ma façon de voir le monde, de le regarder avec plus d’émerveillement et de respect. Et il m’a rapidement semblé naturel d’exprimer certains de ces sentiments avec le matériau que je comprends le mieux, c’est-à-dire l’osier, mais en le combinant avec d’autres éléments qui me paraissaient intéressants, comme des morceaux de bois trouvés.

Catkin Vase

Est-ce que votre processus de fabrication diffère lorsque vous faites des objets utilitaires et non-utilitaires ?

Quand je fabrique un panier, je sais à quoi il va ressembler avant même d’avoir coupé le premier brin. Mais avec un objet non-utilitaire, j’essaie d’être réceptif aux morceaux de bois, de ressentir ce qui, en eux, attend d’être révélé. Je dois d’abord me sentir attiré par le matériau. Lorsque c’est le cas, j’essaie d’imaginer de quelle manière je vais pouvoir le travailler.

Vos objets non-utilitaires semblent le fruit d’une collaboration entre vous et la nature, une sorte de co-création où la contribution de chacun est difficile à délimiter. Est-ce que cela correspond à l’idée sur laquelle vous travaillez ?

Oui, c’est une très bonne description de ce que j’essaie de faire. En tant qu’êtres humains, nous semblons nous lasser des plus belles choses que nous offre la nature dès qu’elles deviennent monnaie courante. La poétesse américaine Mary Oliver pose la question « How can we ever stop looking? » (Comment peut-on jamais cesser de regarder ?). C’est pourtant ce que nous faisons. Nous nous lassons même des phénomènes naturels les plus étonnants. Donc je m’efforce de re-développer cette capacité à regarder les choses avec plus d’acuité, du moins en moi-même. Si cela peut aider d’autres personnes à le faire, c’est très bien.

Vous donnez des cours de vannerie dans votre ferme de Loch na Fooey. À votre avis, quelles sont les qualités que doit posséder un bon vannier ?

L’enthousiasme me semble indispensable. Parfaire ses compétences exige beaucoup de pratique et de répétition, donc il est essentiel d’être enthousiaste et d’aimer son travail. Il est également très important de se concentrer sur ce que l’on fait au moment où on le fait plutôt que d’anticiper le résultat final ou de rêvasser. Mais je crois qu’être dans le moment présent est important pour tout ce qu’on entreprend dans la vie…

Bark Head

Vous avez récemment réalisé un abat-jour pour le studio de design Superfolk. Avez-vous retiré quelque chose de cette collaboration avec des designers? Seriez-vous prêt à renouveler l’expérience ?

Oui, réaliser un objet à partir de l’idée de quelqu’un d’autre a été une expérience agréable. Je suis certain d’avoir appris quelque chose, mais il me serait difficile de le quantifier. Et oui, je pourrais envisager de le faire à nouveau.

En 2008, vous étiez le co-commissaire d’une exposition consacrée à la vannerie européenne. Quelles sont les grandes tendances que vous avez observées dans ce domaine ?

L’exposition tentait d’associer des œuvres contemporaines, utilitaires ou non, avec des pièces traditionnelles (qui tendent à disparaître). Je regrette la disparition des savoir-faire traditionnels et crains parfois qu’à l’avenir, les vanniers ne puissent plus s’appuyer sur une base de compétences suffisamment solide pour exprimer leurs idées. Bien sûr, il est devenu impossible d’être compétitif face à la pression des importations bon marché. Après tout, comment est-il possible de vendre 2 euros un panier qui a nécessité 4 heures de travail, même s’il vient de Chine ? Même là-bas, ce n’est évidemment pas viable. La qualité est souvent si mauvaise que le panier se brise au bout de quelques mois, au lieu de durer toute une vie. Donc ce n’est pas si bon marché dans le long terme, mais en attendant, il est de plus en plus difficile aux vanniers européens de vendre leur travail.

Face à cette concurrence des importations à bas prix, êtes-vous confiant dans l’avenir de la vannerie européenne? Selon vous, à quelles conditions cet artisanat peut-il survivre ?

Non, je ne suis pas très confiant en l’avenir, mais j’ai l’espoir qu’en mettant l’accent sur la dimension éthique de l’achat, les gens commencent à se poser plus de questions sur la provenance des paniers. En ce qui concerne la vannerie utilitaire, si l’on pouvait éduquer le public pour qu’il prenne conscience qu’un panier vendu 120 euros et conçu pour durer 20 ans est moins cher à long terme qu’un panier mal fait, vendu 15 ou 20 euros, et qui ne durera pas plus d’un an, ce serait déjà un bon commencement. La vannerie utilitaire est importante même pour les artisans qui travaillent dans un registre non utilitaire : c’est ce qui leur permet de constituer au départ leur base de compétences.

Pod on encrusted Beech Wood, 70 x 55 x 46 cm

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  1. pernet arnaud
    18 octobre 2010 à 6:37

    vraiment Génial

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