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BL119 & Emmanuel Louisgrand : tronc commun

C’est une image entêtante, sans doute l’une des plus marquantes de cette nouvelle édition de la Biennale de Saint-Etienne. Une œuvre inclassable, belle et étrange, signée par le duo de designers BL119 et l’artiste plasticien Emmanuel Louisgrand. Arborescence était exposée jusqu’au week-end dernier au Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne, dans le cadre de Local Line, un programme initié en février 2010 avec l’objectif d’exposer des artistes qui vivent et travaillent dans la région stéphanoise.

Arborescence, novembre 2010. Atelier BL119 / Emmanuel Louisgrand. Photo : Yves Bresson / Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne Métropole

Grégory Blain et Hervé Dixneuf  se sont rencontrés à l’Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne. En 2006, ils décident d’unir leur talent au sein de BL119, et développent un travail de recherche basé sur le dialogue, l’expérimentation et une volonté de décloisonnement des disciplines. Leurs projets (objets, mobilier, espaces) ont été présentés, entre autres, à la Villa Noailles, au salon du meuble de Paris et de Cologne, au London Design festival et à la galerie Roger Tator de Lyon, où ils exposent actuellement.

A l’occasion de cette carte blanche, le duo a choisi de collaborer avec Emmanuel Louisgrand, un artiste connu pour le travail qu’il développe dans l’espace public autour du concept de « jardin d’art1 ». L’idée : confronter et combiner la démarche du designer et de l’artiste sur une même œuvre, réalisée à partir d’un tronc de mélèze de plus de cinq mètres de long.

Une même matière et une même forme, pour deux mises en œuvre différentes. Le tronc, débité dans une scierie, a été acheminé dans la salle d’exposition pour être travaillé in situ. Logiquement, les deux designers ont privilégié la valeur d’usage : deux plans perpendiculaires ont été taillés dans le sens de la longueur pour former une assise, complétée par un dossier en tubes métalliques. Un objet simple et fonctionnel, rendu singulier par le contraste des couleurs, des formes et des matières entre l’assise et le dossier. On pense notamment au Tree-trunk bench, de Jurgen Bey qui jouait des mêmes contrastes pour créer un objet au croisement entre nature et culture.

Arborescence, novembre 2010. Atelier BL119 / Emmanuel Louisgrand. Photo : Yves Bresson / Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne Métropole

Emmanuel Louisgrand a choisi pour sa part de travailler sur un registre narratif : la seconde moitié du tronc est découpée dans le sens de la hauteur et de la largeur, en suivant une grille de lignes perpendiculaires. Les perches ainsi formées sont mises en tension à l’aide de tasseaux cylindriques, de manière à former un bouquet. Divers outils de jardinage (pelles, griffes, fourches et râteaux), fixés à l’extrémité de ces perches, forment autant de pétales d’une immense fleur métallique.

Arborescence, novembre 2010. Atelier BL119 / Emmanuel Louisgrand. Photo : Yves Bresson / Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne Métropole

Vue dans son ensemble, Arborescence est une pièce monumentale, qui demande du recul pour être perçue dans son intégrité et possède en même temps un tel pouvoir d’attraction que l’on a envie de s’approcher au plus près pour la toucher. Le contraste entre la tranquille orthogonalité de l’assise et la tension qui s’exerce sur les perches de bois lui confère une importante puissance suggestive. On peut y voir tout à la fois une ode au matériau brut, à sa résistance et à sa plasticité, et une réflexion sur la capacité toute ambivalente de l’homme à exploiter la nature, ou à la magnifier.

Parallèlement, cette oeuvre nous oblige à considérer la modestie de notre échelle, et notre rapport de dépendance envers notre environnement naturel. Un rappel bienvenu dans une Biennale qui célèbre bien souvent une technologie appliquée à la dématérialisation de notre quotidien. Au-delà de ces interprétations, Arborescence diffuse une poésie teintée de mystère qui en fait l’un des projets les plus fascinants de cette édition 2010.

Elaboration de l'oeuvre à la scierie. Photo : Atelier BL119

1 A découvrir sur le site de la galerie Roger Tator : l’îlot d’Amaranthes, un projet initié en juin 2003 avec l’installation d’une serre dans une dent creuse du 7ème arrondissement lyonnais. Le projet a par la suite évolué en quatre extensions successives pour aboutir à la création d’un véritable jardin collectif, transmis en décembre 2008 à une association d’habitants du quartier.

Emmanuel Louisgrand est également le fondateur de l’association Greenhouse, lieu de recherche, de création et d’exposition qui a vu le jour en 1997. L’Atelier BL119 a rejoint l’association en 2006 dans le cadre de l’exposition collective Le champ, Parcelles Investies (Off de la Biennale). Cette année, Greenhouse présentait une autre exposition collective lors du Off : En provenance du jardin.

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