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Atelier Polyhèdre : un plot c’est tout

Vue de l’exposition Glissements de terrains, DMA galerie, Rennes.

Il y a quelques mois, je publiais sur ce blog une interview de Nicolas Prioux, le directeur de la galerie DMA à Rennes. Il y était notamment question de décloisonnement des genres, et d’abolition des frontières entre art et design. Dans cet esprit, la galerie organise régulièrement des rencontres entre créateurs d’horizons différents qui, le temps d’une exposition, confrontent leur pratique autour d’une même réflexion. Derniers en date : le plasticien Mardi noir et le duo de céramistes Atelier Polyhèdre.

Cette nouvelle rencontre s’articule autour du thème du « glissement de terrain », entendu comme « un phénomène de déplacement d’un lieu vers un autre, de recontextualisation ou de détournement ». Un terme bien choisi si l’on considère le contexte dans lequel s’inscrit habituellement les créations de Mardi noir : celui de l’espace urbain, dans lequel l’artiste placarde des pictogrammes empruntés aux produits de grande consommation et « appauvris » par le passage répété d’un medium à un autre (fax, photocopie, sérigraphie, photographie, vidéo).

Invité à recontextualiser ce travail dans l’espace d’une galerie, en parallèle de celui de designers, Mardi noir est resté fidèle à sa démarche en établissant un dialogue entre ses collages et le lieu qui les accueille : ceux-ci prennent ici la forme de reproductions en taille réelle de meubles et de personnages empruntés à l’imagerie des 17e et 18e siècles (meubles anciens, costumes d’époque…). Comme le souligne le dossier de presse : « la réflexion s’articule autour du décalage et de la confrontation de l’utile et de l’inutile, du passé et du présent, de la présence et de l’absence ».

Au premier plan, le service Tétraque sur un véritable plot de chantier en PVC monté sur 4 pieds en bois. Atelier Polyhèdre, 2011.

En écho à ce « glissement de terrain », Baptiste Ymonet et Vincent Jousseaume (Atelier Polyhèdre) ont cherché dans le milieu urbain un répertoire de formes qui puisse servir de support à leur création. Un répertoire circoncis à un seul objet : le plot de chantier, ce bloc en béton ou en matière plastique dont on se sert pour fixer au sol les clôtures des zones en travaux. Ces monolithes industriels, purement fonctionnels et sans aucune qualité esthétique, sont percés de trous ronds, carrés ou rectangulaires où viennent s’emboîter les barres métalliques. Trois formes qui sont ici déclinées en de multiples combinaisons pour constituer une quinzaine d’objets utilitaires, spécialement créés pour l’exposition : vase, carafe, plateau… Flanqué de quatre pieds en bois, un plot en PVC est même transformé en table d’appoint pour accueillir un service à thé.

Ces curieux assemblages de formes tubulaires et orthogonales, majoritairement recouverts d’un émail monochrome brillant, font à la fois penser à des maquettes d’architectures et à un mikado de composants industriels. On pense aussi aux « machines en terre », créées par Jean Derval au milieu des années 60. Les volumes se superposent, s’emboîtent, sans logique apparente sinon le refus de toute symétrie et la tentation du déséquilibre. Ces constructions semblent prêtes à chanceler, mais la tension qui s’en dégage leur confère justement une surprenante harmonie.

Service Tétraque : théière, pot à lait et tasses, faïence fine blanche et émail blanc brillant. Atelier Polyhèdre, 2011

Avec cette nouvelle série, Atelier Polyhèdre fait une nouvelle fois montre de son talent pour provoquer des rencontres inattendues (ici, celle de l’outil industriel et de l’objet utilitaire domestique) dans une recherche permanente de renouvellement des formes et de dynamitage de l’image (précieuse et délicate) traditionnellement associée à la faïence et aux arts de la table.

Le parti pris ludique et expérimental qui caractérise leur démarche, au croisement de l’artisanat (toutes les pièces sont entièrement réalisées à la main), du design et des arts plastiques, leur confère une figure d’outsider dans le paysage hexagonale. L’exposition « Circuits céramiques, la scène française contemporaine » aux Arts Décoratifs, qui présentait quelques-unes de leurs créations, a encore permis de s’en rendre compte. La transversalité a beau être un mot à la mode, peu de créateurs parviennent à la mettre en pratique avec autant de virtuosité.

Carafe radiale, faïence fine blanche, engobe noir et émail noir brillant. Atelier Polyhèdre, 2011

Glissements de terrains, DMA Galerie, Rennes. Jusqu’au 2 avril 2011

D’autres créations de l’Atelier Polyhèdre sont également présentées jusqu’au 26 mars à l’espace Talents Opéra des Ateliers d’art de France, dans le cadre de l’exposition Je rêve ! non, je cauchemarde.

Crédits photos : Atelier Polyhèdre

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