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Michel Arnoult, saison 1 : si tu vas à Rio…

Inconnu ou presque en France, le designer Michel Arnoult (1922-2005) est encore désigné comme « le Français » dans la presse brésilienne. Il aura pourtant vécu la majorité de sa vie dans ce pays, où il a largement contribué à moderniser l’industrie de l’ameublement : d’abord, à partir des années 50, en développant des collections de meubles simples, modulaires et bon marché, produits en grande série et à monter soi-même. Puis, dans les années 80, en étant l’un des premiers à s’intéresser au bois de reboisement.

Comment ce parisien né en 1922 s’est-il retrouvé dans tous les livres consacrés à l’histoire du design brésilien ? C’est ce que j’ai voulu savoir en essayant de traduire et de synthétiser les quelques ouvrages auxquels j’ai pu avoir accès. Ils sont peu nombreux, aussi ai-je complété certaines zones d’ombre par des recherches Internet. Elles m’ont conduit vers des articles qui parfois divergent sur les dates ou la chronologie des événements. S’il y a, parmi les lecteurs de ce billet, des personnes qui souhaitent apporter des précisions ou des corrections, qu’ils m’en fassent part ! Je serais heureux de les intégrer.

Et pour qu’ils aient le temps de se manifester, je publierai les résultats de mes recherches sous forme de trois épisodes, correspondant chacun à ce qui m’a semblé constituer une période importante de sa vie.

La première (l’article d’aujourd’hui) commence pendant la seconde guerre mondiale. Michel Arnoult a 17 ans lorsque éclate le conflit. Comme de nombreux autres jeunes de sa classe d’âge, il est obligé de partir travailler en Allemagne, dans le cadre du Service du Travail Obligatoire (STO). Pendant près d’un an, il est affecté dans une fabrique de meubles à Würzburg, en Bavière. D’abord chargé de tâches administratives, il est rapidement envoyé aux machines. C’est là qu’il apprend à sélectionner les bois, à les couper et à dessiner des meubles.

De retour à Paris, il étudie à l’Union centrale des Arts Décoratifs (Ecole Camondo) et, dans le cadre de ce cursus, effectue en 1948 un stage dans l’atelier de Marcel Gascoin. Il serait difficile de ne pas voir dans cette expérience une étape déterminante de son parcours, tant la figure de Gascoin est associée à une conception du mobilier qui sera bientôt la sienne : celle de meubles de série en bois, simples, modulaires et économiques. Au cours de cette expérience d’un an, Michel Arnoult participe à la conception d’éléments de cuisine pour l’Unité d’Habitation de Marseille de Le Corbusier : un autre exemple de production standardisée, conçue dans un esprit fonctionnaliste.

C’est un concours organisé par un entrepreneur français établi au Mexique qui va l’entraîner de l’autre côté de l’Atlantique. Sur la nature de ce concours, peu d’informations, sinon qu’il s’adressait aux étudiants de l’Union centrale des Arts Décoratifs et que Michel Arnoult en sort lauréat. Le prix prend la forme d’une mission d’un an, à Mexico, dans l’entreprise de meubles de l’homme d’affaires expatrié : Bloc & Co. A l’issue de ce séjour, le jeune designer décide d’entreprendre un voyage en Amérique du Sud, avant de retourner en France. Il a entendu parler d’Oscar Niemeyer (qui s’est rendu célèbre pour avoir participé à la conception du nouveau bâtiment du Ministère de l’Education et de la Santé à Rio de Janeiro) et souhaite le rencontrer. Il part de Mexico en jeep, fait une halte d’un an à Caracas pour se renflouer en travaillant pour un cabinet d’architectes, et reprend la route pour Rio où il arrive en 1950.

Là encore, peu d’infos sur les raisons qui l’inciteront à ne jamais repartir. On peut toutefois penser que sa rencontre avec Niemeyer aura une influence déterminante, puisque le génial architecte carioca lui offre un stage dans son agence. Au sujet de cette nouvelle expérience, Arnoult déclarera : « C’est une période inoubliable de ma vie, mais travailler dans un bureau d’architecture, ce n’était pas fait pour moi : je suis un designer ».

Il s’inscrit pourtant à l’école d’architecture de la Faculdade Nacional do Rio de Janeiro (UFRJ), qu’il fréquente de 1951 à 1955. Alors qu’il est encore étudiant, il s’associe à l’Ecossais Norman Westwater, lui aussi établi à Rio où il travaille en tant que scénographe, et commence à concevoir des meubles en bois. Les deux hommes font réaliser leurs créations par un charpentier de Curitiba (la capitale de l’état de Paraná, à 400 km au Sud-Ouest de Sao Paulo) et les vendent à des amis architectes. Ceux-ci reçoivent les éléments démontés, qu’ils assemblent eux-mêmes. La formule rencontre immédiatement du succès : les meubles sont de bonne qualité, leur design simple et leur prix abordable correspondent aux besoins de ces jeunes couples en train de s’installer.

Arnoult et Westwater cherchent alors à s’adosser à de grosses enseignes, telles que Cássio Muniz et Móveis Drago, qui prendraient en charge l’exécution et la vente de leur collection. Mais celles-ci ne montrent aucun intérêt, obligeant les deux associés à créer leur propre structure : Forma, Móveis e Interiores Ltda. C’est cette même entreprise qui, en 1955, sera transférée à Sao Paulo et rebaptisée Mobília Contemporânea… un nom aujourd’hui associé à l’histoire du design brésilien et qui sera pendant près de 20 ans le laboratoire des expérimentations d’Arnoult…

La suite… bientôt !

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