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Posts Tagged ‘Cendrier’

Objets en voie d’extinction

Cendrier Cancer, Arman, Bronze à patine doré

Je sais, j’exagère. Les cendriers n’ont pas encore disparu de nos paysages domestiques. Mais combien de designers s’intéressent encore à ces petits réceptacles ou, plus généralement, à tous les articles et accessoires pour fumeurs ?

C’est la réflexion que je me suis faite en visitant le salon Now ! Design à vivre, au mois de janvier dernier. Au détour d’une allée, je suis justement tombé nez à nez avec un « cendrier de designer ». Le choc provoqué par cette rencontre m’a fait oublier jusqu’au nom dudit designer, ou de son éditeur. Oui, le « choc »… Car sur le moment, j’ai eu le sentiment d’être confronté au tout dernier modèle de chaise électrique, ou de mine anti-personnelle : une sorte de monstruosité, un engin mortel rendu sympathique par le concours d’un habile créateur de formes…

Ce sentiment a été de courte durée. Car très vite, je me suis souvenu que je fumais moi-même près d’un paquet par jour, que mon Home Sweet Home débordait de ce type de « monstruosités » et que, pire, j’y étais profondément attaché. Alors pourquoi cette réaction (consternante) ? En y réfléchissant très fort, j’ai réussi à trouver deux explications :

1) Pauvre être fragile et influençable que je suis, je m’étais laissé conditionner par les milliers d’injonctions au « bien-être » que l’on trouve dans chaque travée du salon… Et comme j’ai bien appris ma leçon, je sais que le mot « bien être » est incompatible avec tout ce qui touche au tabac. Donc, quand je me promène dans ce temple du confort contemporain, je m’attends à croiser des purificateurs d’oxygène, des diffuseurs d’huiles essentielles, des sextoys éco-conçus… mais des cendriers ? Et pourquoi pas des pipes à crack ?

2) Conséquence directe de ce qui précède, de moins en moins de designers prennent le risque d’associer leur nom à ce type d’objets maléfiques. De peur sans doute d’être un jour accusés de complicité de génocide. Ou simplement, à l’heure où chacun doit faire preuve du plus haut sens éthique, de marquer leur CV d’une tache indélébile (de goudron).

Et pourtant, pourtant… certains persistent ! Avec ce post, j’inaugure donc une nouvelle rubrique, dont l’objectif sera d’offrir une tribune à ces créateurs courageux… ou irresponsables, c’est selon.

Mais pour commencer avec panache, pleins feux sur le bouillonnement créatif de l’Atelier A, cette flamboyante « entreprise collective » créée par François Arnal en 1969 avec l’objectif de « faire entrer l’art contemporain dans les foyers, à travers des objets utiles créés par des artistes » (la formule est de Raymond Guidot*). Des artistes catégorie « gros fumeurs » si je me fie à leur production de cendriers : plus de 30 modèles, signés Arman, Enrico Baj, Mark Brusse, Pucci De Rossi, Jean Filhos, Hervé Fischer, Yonel Lebovici, Filippo Panseca, Jean-Pierre Raynaud, Hervé Télémaque, Nicolas Garcia Uriburu…

L’Atelier A a disparu en 1975… soit à peu près un an avant l’entrée en vigueur de la première loi française de lutte contre le tabagisme (loi Veil du 9 juillet 1976)… Retour donc sur une époque de (presque) innocence où l’on pouvait encore fumer sans trembler… de peur.

Cendrier Mao, César - fonte d'aluminium et bronze

Cendrier L'Amour et Psyché, Hervé Fischer - papier et métal

Cendrier Tasse en coin, Hervé Télémaque - céramique

Cendrier Corps de femme, Philippe Pradalié - fonte d'aluminium

* Voir : Atelier A, rencontre de l’art et de l’objet, de Françoise Jollant Kneebone et Chloé Braunstein, Editions Norma, Paris, 2003.

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