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Wayne Fischer s’expose…

… et on s’en réjouit. Après Made in France by Americans à la Fondation Mona Bismarck il y a tout juste un an, après Circuit céramique aux Arts Décoratifs il y a quelques mois, c’est au tour de la galerie Collection des Ateliers d’Art de France d’accueillir ses fascinantes sculptures en porcelaine, aussi sensuelles qu’inquiétantes. L’artiste américain, établi en France depuis 1986, y présente ses dernières créations en compagnie de quatre autres artistes dans le cadre de l’exposition Je rêve ! de volupté. Il s’agira toutefois de ne pas trop rêvasser puisqu’il vous reste moins d’une semaine pour en profiter.

Galerie Collection – 4, rue de Thorigny – 75003 Paris. Jusqu’au 26 mars 2011

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, Wayne Fischer présentera cet été une exposition personnelle à la galerie parisienne accro Terre, dans le 11e arrondissement. J’aurai l’occasion d’en reparler.

D’autres photos et le compte-rendu extatique de ma visite de l’expo Made in France by Americans ici.

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Artisans & designers : la Biennale en binôme

Biennale de Saint-Etienne 2010 : la suite.

Après le On, le Off… Mais toujours l’histoire d’une rencontre, comme l’indique le titre de l’exposition : « 15 artisans, 15 designers, 1 graphiste, 1 critique, 1 off ». Une distribution qui donne forcément envie d’en savoir plus sur le scénario. Celui-ci tient en peu de mots : mettre en contact une quinzaine de designers avec autant d’artisans en leur proposant de concevoir et réaliser dans un délai très court (deux mois) une pièce commune. Aucune limitation sur le type d’objet mais une contrainte spatiale : celui-ci ne devra pas excéder une dimension de 60 x 60 x 60 cm.

Vue d’ensemble des pièces réalisées par les duos de designers et artisans.

A l’origine de ce projet, un quatuor composé de trois designers (Emilie Colin Garros et Philippine Lemaire de Duo Diagonal, et David des Moutis) et d’un graphiste (Olivier Lebrun), réunis pour l’occasion au sein de l’association 210x297mm. Leur intérêt pour l’artisanat part du même diagnostic : dans l’industrie, le designer a trop souvent pour interlocuteur unique le service marketing. Or sa pratique se nourrit nécessairement d’un contact direct avec les matériaux, les mises en œuvres, et nécessite un dialogue étroit avec la production. « Nous avons besoin de trouver des partenaires avec qui l’on puisse discuter de toutes les questions techniques d’un projet » résume David des Moutis. « On voulait être présent dans les ateliers. L’artisan est un puits de connaissances si l’on veut bien s’adapter à sa pratique et à son planning ».

Un avis qui semble largement partagé : « chaque fois que je parle de ma pratique avec d’autres designers, de mon travail avec des souffleurs de verre, des tailleurs de pierre, des tourneurs sur bois… je rencontre beaucoup d’enthousiasme. On a donc trouvé intéressant de donner l’opportunité d’expérimenter cette pratique de manière collective ». Une dizaine de jeunes designers rejoint rapidement le groupe initial, qui prend rapidement des allures de Who’s Who de la scène design émergente, entre habitués de la Villa Noailles et lauréats des aides à projets VIA.

Côté artisans, la sélection se concentre sur la région Rhône-Alpes : l’IRMACC, intéressé par le projet, transmet la liste de ses adhérents. De leur côté, les organisateurs élargissent les recherches pour garantir une plus grande variété des métiers. Plusieurs verriers et ébénistes, un dinandier, un forgeron, une feutrière… tous motivés par la perspective de s’engager dans un travail de recherche en bénéficiant d’un regard extérieur sur leur pratique. Avec, à la clé, une visibilité pendant la Biennale.

Cette diversité se retrouve bien sûr sur la ligne d’arrivée, avec quinze objets dont le seul point commun est d’appartenir à l’espace domestique : un soliflore, un diffuseur de son, un garde-manger de table… un ensemble hétéroclite donc, plutôt modeste par la taille des réalisations, mais l’accent n’est pas tant mis sur la fin que sur les moyens. L’objectif est avant tout de promouvoir un mode de création basé sur la rencontre, l’interaction et la proximité, sur la possibilité de faire naître un projet en facilitant le partage des savoirs et des savoir-faire.

La scénographie de l’exposition témoigne bien de cette intention. On découvre d’abord, dans une première salle, chacun des 15 binômes représenté par un objet de sa production antérieure : côte à côte, un objet du designer et un objet de l’artisan. Ce face à face permet d’apprécier les spécificités de chaque partie, sa démarche et ses axes de recherche. Et de spéculer sur l’issue possible de leur collaboration. Le dialogue est parfois étonnant : par exemple, celui qui s’établit entre la pièce en céramique de Brigitte Long, qui porte la trace d’un façonnage manuel, et la chauffeuse en aluminium du trio Numéro 111, aux formes caractéristiques d’une production industrielle. Ailleurs, les différences sont moins marquées, et l’on devine une sorte d’affinité entre les deux futurs « associés », une proximité dans le langage formel : les vases Makina d’Isabelle Daëron et la table Triomphe de Jérôme Vigné semblent ainsi procéder de la même recherche de simplicité.

Pièce de céramique Passage, de Brigitte Long et chauffeuse In/Out de Numéro 111 (Sophie Françon, Jennifer Julien & Grégory Peyrache)

Le fruit de ces collaborations est présenté dans une seconde salle. Les objets y sont exposés les uns à côté des autres, sur un gradin, simplement éclairés par deux projecteurs. Leur mise en scène ne sert aucune argumentation : le visiteur a toute liberté d’apprécier par lui-même le résultat de cette expérimentation… ou son absence de résultat : en face du numéro d’un binôme, un emplacement laissé vide témoigne de l’échec d’une rencontre.

Les projets les plus convaincants sont ceux dans lesquels on devine une sorte de fascination dans le regard porté par le designer sur l’univers de l’artisan : ses gestes, ses instruments, la poésie qui se dégage de sa pratique. Certains ont choisi de mettre en valeur l’une ou l’autre de ces dimensions en détournant les savoir-faire de leurs applications traditionnelles. D’autres au contraire en dévoilant les techniques et les outils qui restent habituellement dans le secret de l’atelier.

Tous ces objets traduisent le temps de l’observation et de la découverte des ressources que chacun pouvait apporter à cette entreprise collective. Ils interrogent bien sûr aussi sur leur paternité : qui, du designer ou de l’artisan, a contribué le plus à leur création ? Pour David des Moutis, « il est difficile de parler de manière générale. Chaque projet est différent car les personnes le sont. Parfois, il n’y a pas de limite entre la contribution du designer et celle de l’artisan : le projet a été pensé ensemble. Dans d’autres cas, le designer a réalisé un dessin, sur lequel l’artisan a réagi. Il y a eu une discussion… ou pas ».

Au final, cette expo parvient à montrer, avec peu de moyens mais une ferveur communicative, que le dialogue entre design et artisanat ne se limite pas à l’univers du luxe, ni à une relation designer/concepteur vs. artisan/exécutant, où le premier aiderait le second à se débarrasser de ses tics pour le conduire sur la voie de la modernité. Au contraire, en adoptant une démarche ouverte, susceptible de générer de multiples formes de collaborations, elle montre que chacun peut bénéficier de ce dialogue. Et que celui-ci peut aussi être source d’innovation. Bref, une initiative qui démonte pas mal de préjugés et suscite l’enthousiasme.

Voici donc une sélection des objets présentés.

Série de contenants Balbins, de Brigitte Long (céramiste) et numéro 111 (designers)

A tout seigneur, tout honneur : la série de contenants Balbins est sans doute celle qui illustre de la manière la plus évidente cette rencontre entre deux cultures, laquelle prend ici la forme d’un heureux mariage. La céramiste Brigitte Long et le trio de Numéro 111 ont choisi d’appliquer une technique issue de l’industrie (le métal déployé) à une mise en œuvre artisanale, de façon à explorer les différentes qualités de la céramique. Sans rien ôter à sa délicatesse, le résultat révèle la matière sous un nouveau jour et donne vie à des objets sculpturaux.

Purpurea, de Sylvain Lecureuil (vannier osiériculteur) et David des Moutis (designer)

Purpurea est le nom de l’objet conçu par Sylvain Lecureuil et David des Moutis, en référence au matériau dont il est constitué : l’osier pourpre ou Salix purpurea. Une botte d’osier brut semble transpercer une coupe en osier tressé et la maintenir en lévitation au-dessus du sol. L’ensemble forme là encore un objet à la fois sculptural et fonctionnel, qui rend compte de la double pratique de l’artisan, à la fois vannier et osiériculteur.

Patère Wep, de Wilfrid Jolly (orfèvre dinandier) et Duo Diagonal (designers)

Détourner un outil de sa fonction initiale pour le faire sortir de l’atelier. C’est le choix fait par Duo Diagonal (Emilie Colin Garros et Philippine Lemaire) et Wilfrid Jolly. Ce dernier, orfèvre dinandier à Saint-Clair-sur-Galaure, façonne pour chaque pièce qu’il crée une contreforme en bois de buis sur laquelle il martèle le métal. Plutôt que de disparaître en cours de production, voilà que cette contreforme est intégrée à l’objet final, dont elle constitue le pivot : en position fermée, Wep est une patère en bois « gainée » de métal. En position ouverte, cette gaine se déploie de part et d’autre pour former deux têtes supplémentaires. Ou comment dévoiler, avec intelligence et subtilité, les processus de fabrication de l’artisan et sa maîtrise des matériaux.

Lampe F.LIGHT de l’Atelier Verney-Carron (armurier) et Bold-design (designers)

De détournement, il est aussi question dans le projet de Bold-Design. Impressionné par la sophistication des objets produits par l’Atelier Verney-Carron (des armes de chasse haut de gamme), le duo de designers a décidé de mettre en valeur les savoir-faire de l’armurier en concevant un objet à mi-chemin entre l’applique, la liseuse et la lampe torche : où comment passer du feu à la lumière…

F.LIGHT possède donc les qualités qui font le prestige de l’atelier : une finition impeccable, une élégante alliance de bois et de métal, un mécanisme de précision : la lampe change d’intensité en fonction de son usage et, en position liseuse, peut prendre toutes les positions grâce à une base qui lui sert à la fois d’axe de rotation et de chargeur. Lumineux !

Série de miroirs Oponce de Sellerie’Cimes (Sébastien Poinas, sellier) en collaboration avec les designers Jean-Charles Amey, Pierre-Yves le Sonn & Claire Baudrimont

Je t’ai dans la peau : C’est ce que semblent dire les miroirs conçus par le sellier garnisseur Sébastien Poinas et le trio d’anciens de l’ESAD Reims, Claire Baudrimont, Jean-Charles Amey et Pierre-Yves le Sonn. De petit format, évoquant des rétroviseurs (un clin d’œil à l’univers de Sébastien Poinas, spécialiste des intérieurs automobiles haute couture), les miroirs Oponce sont gainés de cuir : un dialogue sensuel s’engage entre le matériau et la peau de celle ou celui qui s’y reflète. Comme dans un jeu de miroirs…

Extension, de Vincent Breed (verrier) et Sébastien Cordoléani (designer)

« Changer le ciel en baignoire ». On jugerait que le verrier Vincent Breed et le designer Sébastien Cordoléani se sont inspirés de la fameuse chanson de Juliette Gréco (Un petit poisson, un petit oiseau) pour imaginer cette étonnante Extension d’aquarium : un objet poétique, qui met à profit un phénomène physique de retenue d’eau pour aider les poissons rouges à prendre un peu de hauteur en s’échappant dans un nuage…

Wayne’s (Haunting) World

Ce n’est ni du design, ni de l’artisanat. Mais comme c’est dimanche, je m’écarte un peu de mes thèmes habituels pour parler d’une exposition que j’ai vue cette semaine et que je retournerai voir tant elle m’a envoûté. Il s’agit de « Made in France, by Americans », à la Fondation Mona Bismarck, et c’est jusqu’au 21 avril prochain.

Elle présente le travail de huit sculpteurs-céramistes d’origine nord-américaine, pour la plupart installés en France depuis les années 80/90. Wayne Fischer est l’un d’eux, et c’est sans doute celui dont le travail m’a le plus fasciné.

© Wayne Fischer

Cet artiste de 56 ans, arrivé de Boston en 1986 et établi à Revest-les-Eaux (près de Toulon) depuis 1992, travaille exclusivement la porcelaine. Et de quelle manière ! Pour moi, la porcelaine peut prendre deux aspects : le biscuit, à la surface mate semblable au marbre, ou sa version émaillée, lisse et brillante. Les sculptures de Wayne Fischer se situent dans un entre-deux absolument saisissant : elles sont émaillées au pistolet, en plusieurs couches de teintes différentes, puis sablées et poncées après cuisson. A l’arrivée, elles possèdent une surface à la fois mate et nacrée, très finement craquelée. De loin, on dirait une peau ; de près, le relief d’une planète cultivée.

Cette façon de travailler la porcelaine est mise au service d’un registre de formes lui aussi inédit : les six pièces exposées, réalisées entre 1998 et 2003, présentent toutes des volumes cabossés, tout en ronflements et en replis, comme une musculature tétanisée. Leur blancheur, accentuée par les dégradés de couleurs tirant vers le gris et le violet, leur confère une inquiétante étrangeté qui produit un effet quasi-hypnotique. Le paradoxe est qu’elles paraissent à la fois mystérieuses et puissamment évocatrices, sans qu’il soit vraiment possible de dire à quoi elles nous font penser : un monstre marin vivant dans l’obscurité des abysses, un embryon difforme, un phénomène cosmique observé au télescope…

© Wayne Fischer

Si les photographies rendent mal la force et la présence de ces sculptures, la scénographie de l’exposition leur offre en revanche un écrin idéal. L’éclairage est directement orienté vers les pièces, ce qui accentue leur relief et plonge l’espace environnant (le faste ostentatoire de cet hôtel particulier) dans une semi-obscurité. Elles sont disposées le long d’un mur couvert de miroirs, leur reflet augmentant encore leur aspect fantomatique. Enfin, le visiteur est accompagné dans sa visite par une bande-son propice à la rêverie, qui réussit par ailleurs la prouesse de se marier aux univers des huit artistes, pourtant très différents.

Pour sûr la plus belle exposition que j’ai vue depuis très longtemps, au charme terriblement obsédant. Le fait que les salles étaient désertes lors de ma visite (en matinée et en semaine) n’y est sans doute pas pour rien…

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