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Wayne Fischer s’expose…

… et on s’en réjouit. Après Made in France by Americans à la Fondation Mona Bismarck il y a tout juste un an, après Circuit céramique aux Arts Décoratifs il y a quelques mois, c’est au tour de la galerie Collection des Ateliers d’Art de France d’accueillir ses fascinantes sculptures en porcelaine, aussi sensuelles qu’inquiétantes. L’artiste américain, établi en France depuis 1986, y présente ses dernières créations en compagnie de quatre autres artistes dans le cadre de l’exposition Je rêve ! de volupté. Il s’agira toutefois de ne pas trop rêvasser puisqu’il vous reste moins d’une semaine pour en profiter.

Galerie Collection – 4, rue de Thorigny – 75003 Paris. Jusqu’au 26 mars 2011

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, Wayne Fischer présentera cet été une exposition personnelle à la galerie parisienne accro Terre, dans le 11e arrondissement. J’aurai l’occasion d’en reparler.

D’autres photos et le compte-rendu extatique de ma visite de l’expo Made in France by Americans ici.

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Joe Hogan : sculpteur d’osier

From the Bog, Décembre 2006, 57 x 55 x 60cm

J’ai découvert le travail de Joe Hogan lors de la dernière édition de Collect, le salon londonien consacré à l’artisanat d’art contemporain. La National Craft Gallery irlandaise exposait quelques-uns de ses “paniers non fonctionnels”, de véritables sculptures à base de vannerie et de matériaux naturels à l’état brut.

Joe Hogan est en fait reconnu comme l’un des maîtres de la vannerie contemporaine. Si le mot “passion” est systématiquement associé à la pratique d’un artisanat d’art, il prend dans son cas une tout autre dimension. Récompensé par de nombreux prix, exposé partout en Europe et jusqu’aux Etats-Unis, cet Irlandais a déjà consacré plus de 30 années de sa vie à son art, avec un engagement et une curiosité qui forcent le respect.

Depuis le début des années 2000, il développe -en parallèle de sa production de paniers traditionnels- un travail d’expérimentation profondément sculptural. Brindilles de bouleau, myrte, bois de tourbière, écorce d’arbre… les matériaux les plus surprenants sont mis à contribution pour renouveler le vocabulaire plastique d’un artisanat vieux comme le monde. Les pièces nées de ces recherches possèdent une présence incroyable, aux limites du sacré, qui nous pousse à nous questionner sur notre rapport à la nature et à ses mystères.

Depuis sa ferme de Loch na Fooey, dans le Connemara, Joe Hogan a très gentiment accepté de répondre à quelques questions.

Sources n°2 – 104 x 48 x 64cm

Qu’est-ce qui vous a conduit à la vannerie ?

Ce qui m’intéressait, c’était de pouvoir combiner la vannerie et l’agriculture. Ma femme et moi voulions vivre à la campagne, proche de la nature. Donc je me suis tourné vers la vannerie parce que cela me permettait de cultiver moi-même la matière première dont j’avais besoin.

Justement, vous cultivez vous-même l’osier qui sert à fabriquer vos paniers. Est-ce que cela vous donne une meilleure compréhension du matériau ? Pourquoi est-il important pour vous de contrôler l’ensemble du processus de fabrication ?

Cultiver l’osier d’année en année vous donne une compréhension beaucoup plus fine du « comportement » des brins d’osier et vous permet de savoir quelle variété correspond le mieux à quel type de travail. Il n’est pas essentiel de contrôler tout le processus, mais comme je vis à la campagne, c’est quelque chose que je puis faire facilement. Ça ajoute de la variété à mon travail et me permet de développer mes compétences… donc pourquoi pas ?

Quand avez-vous commencé à concevoir des objets non-utilitaires ? Quelle était votre principale motivation?

Vers l’an 2000, j’ai senti le besoin de renouveler ma façon de voir le monde, de le regarder avec plus d’émerveillement et de respect. Et il m’a rapidement semblé naturel d’exprimer certains de ces sentiments avec le matériau que je comprends le mieux, c’est-à-dire l’osier, mais en le combinant avec d’autres éléments qui me paraissaient intéressants, comme des morceaux de bois trouvés.

Catkin Vase

Est-ce que votre processus de fabrication diffère lorsque vous faites des objets utilitaires et non-utilitaires ?

Quand je fabrique un panier, je sais à quoi il va ressembler avant même d’avoir coupé le premier brin. Mais avec un objet non-utilitaire, j’essaie d’être réceptif aux morceaux de bois, de ressentir ce qui, en eux, attend d’être révélé. Je dois d’abord me sentir attiré par le matériau. Lorsque c’est le cas, j’essaie d’imaginer de quelle manière je vais pouvoir le travailler.

Vos objets non-utilitaires semblent le fruit d’une collaboration entre vous et la nature, une sorte de co-création où la contribution de chacun est difficile à délimiter. Est-ce que cela correspond à l’idée sur laquelle vous travaillez ?

Oui, c’est une très bonne description de ce que j’essaie de faire. En tant qu’êtres humains, nous semblons nous lasser des plus belles choses que nous offre la nature dès qu’elles deviennent monnaie courante. La poétesse américaine Mary Oliver pose la question « How can we ever stop looking? » (Comment peut-on jamais cesser de regarder ?). C’est pourtant ce que nous faisons. Nous nous lassons même des phénomènes naturels les plus étonnants. Donc je m’efforce de re-développer cette capacité à regarder les choses avec plus d’acuité, du moins en moi-même. Si cela peut aider d’autres personnes à le faire, c’est très bien.

Vous donnez des cours de vannerie dans votre ferme de Loch na Fooey. À votre avis, quelles sont les qualités que doit posséder un bon vannier ?

L’enthousiasme me semble indispensable. Parfaire ses compétences exige beaucoup de pratique et de répétition, donc il est essentiel d’être enthousiaste et d’aimer son travail. Il est également très important de se concentrer sur ce que l’on fait au moment où on le fait plutôt que d’anticiper le résultat final ou de rêvasser. Mais je crois qu’être dans le moment présent est important pour tout ce qu’on entreprend dans la vie…

Bark Head

Vous avez récemment réalisé un abat-jour pour le studio de design Superfolk. Avez-vous retiré quelque chose de cette collaboration avec des designers? Seriez-vous prêt à renouveler l’expérience ?

Oui, réaliser un objet à partir de l’idée de quelqu’un d’autre a été une expérience agréable. Je suis certain d’avoir appris quelque chose, mais il me serait difficile de le quantifier. Et oui, je pourrais envisager de le faire à nouveau.

En 2008, vous étiez le co-commissaire d’une exposition consacrée à la vannerie européenne. Quelles sont les grandes tendances que vous avez observées dans ce domaine ?

L’exposition tentait d’associer des œuvres contemporaines, utilitaires ou non, avec des pièces traditionnelles (qui tendent à disparaître). Je regrette la disparition des savoir-faire traditionnels et crains parfois qu’à l’avenir, les vanniers ne puissent plus s’appuyer sur une base de compétences suffisamment solide pour exprimer leurs idées. Bien sûr, il est devenu impossible d’être compétitif face à la pression des importations bon marché. Après tout, comment est-il possible de vendre 2 euros un panier qui a nécessité 4 heures de travail, même s’il vient de Chine ? Même là-bas, ce n’est évidemment pas viable. La qualité est souvent si mauvaise que le panier se brise au bout de quelques mois, au lieu de durer toute une vie. Donc ce n’est pas si bon marché dans le long terme, mais en attendant, il est de plus en plus difficile aux vanniers européens de vendre leur travail.

Face à cette concurrence des importations à bas prix, êtes-vous confiant dans l’avenir de la vannerie européenne? Selon vous, à quelles conditions cet artisanat peut-il survivre ?

Non, je ne suis pas très confiant en l’avenir, mais j’ai l’espoir qu’en mettant l’accent sur la dimension éthique de l’achat, les gens commencent à se poser plus de questions sur la provenance des paniers. En ce qui concerne la vannerie utilitaire, si l’on pouvait éduquer le public pour qu’il prenne conscience qu’un panier vendu 120 euros et conçu pour durer 20 ans est moins cher à long terme qu’un panier mal fait, vendu 15 ou 20 euros, et qui ne durera pas plus d’un an, ce serait déjà un bon commencement. La vannerie utilitaire est importante même pour les artisans qui travaillent dans un registre non utilitaire : c’est ce qui leur permet de constituer au départ leur base de compétences.

Pod on encrusted Beech Wood, 70 x 55 x 46 cm

Wayne’s (Haunting) World

Ce n’est ni du design, ni de l’artisanat. Mais comme c’est dimanche, je m’écarte un peu de mes thèmes habituels pour parler d’une exposition que j’ai vue cette semaine et que je retournerai voir tant elle m’a envoûté. Il s’agit de « Made in France, by Americans », à la Fondation Mona Bismarck, et c’est jusqu’au 21 avril prochain.

Elle présente le travail de huit sculpteurs-céramistes d’origine nord-américaine, pour la plupart installés en France depuis les années 80/90. Wayne Fischer est l’un d’eux, et c’est sans doute celui dont le travail m’a le plus fasciné.

© Wayne Fischer

Cet artiste de 56 ans, arrivé de Boston en 1986 et établi à Revest-les-Eaux (près de Toulon) depuis 1992, travaille exclusivement la porcelaine. Et de quelle manière ! Pour moi, la porcelaine peut prendre deux aspects : le biscuit, à la surface mate semblable au marbre, ou sa version émaillée, lisse et brillante. Les sculptures de Wayne Fischer se situent dans un entre-deux absolument saisissant : elles sont émaillées au pistolet, en plusieurs couches de teintes différentes, puis sablées et poncées après cuisson. A l’arrivée, elles possèdent une surface à la fois mate et nacrée, très finement craquelée. De loin, on dirait une peau ; de près, le relief d’une planète cultivée.

Cette façon de travailler la porcelaine est mise au service d’un registre de formes lui aussi inédit : les six pièces exposées, réalisées entre 1998 et 2003, présentent toutes des volumes cabossés, tout en ronflements et en replis, comme une musculature tétanisée. Leur blancheur, accentuée par les dégradés de couleurs tirant vers le gris et le violet, leur confère une inquiétante étrangeté qui produit un effet quasi-hypnotique. Le paradoxe est qu’elles paraissent à la fois mystérieuses et puissamment évocatrices, sans qu’il soit vraiment possible de dire à quoi elles nous font penser : un monstre marin vivant dans l’obscurité des abysses, un embryon difforme, un phénomène cosmique observé au télescope…

© Wayne Fischer

Si les photographies rendent mal la force et la présence de ces sculptures, la scénographie de l’exposition leur offre en revanche un écrin idéal. L’éclairage est directement orienté vers les pièces, ce qui accentue leur relief et plonge l’espace environnant (le faste ostentatoire de cet hôtel particulier) dans une semi-obscurité. Elles sont disposées le long d’un mur couvert de miroirs, leur reflet augmentant encore leur aspect fantomatique. Enfin, le visiteur est accompagné dans sa visite par une bande-son propice à la rêverie, qui réussit par ailleurs la prouesse de se marier aux univers des huit artistes, pourtant très différents.

Pour sûr la plus belle exposition que j’ai vue depuis très longtemps, au charme terriblement obsédant. Le fait que les salles étaient désertes lors de ma visite (en matinée et en semaine) n’y est sans doute pas pour rien…

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